Différences de composition entre la viande biologique et la viande conventionnelle : une revue systématique de la littérature et une méta-analyse

Selon cette revue de la littérature scientifique, les compositions en nutriments des viandes biologiques n’est pas significativement différente des viandes issues de l’agriculture conventionnelle hormis au niveau du profil en certains acides gras (pourcentages des différents acides gras au sein des lipides de la viande). Les lipides des viandes biologiques, de porc et de volaille notamment, ont un pourcentage d’acides gras saturés légèrement plus faible et un pourcentage de polyinsaturés plus élevé. Ces différences de composition ne sont pas significatives pour les viandes de bœuf, d’agneau et de chèvre. Il faut garder à l’esprit que c’est essentiellement les différences d’alimentation entre les systèmes étudiés ici (selon les normes européennes) qui influencent la composition en acides gras des lipides des viandes. Objectif et méthode : Les auteurs de cette revue ont repris l’ensemble des données d’une méta-analyse publiée avant mars 2014 et des méta-analyses de données destinées à quantifier les paramètres nutritionnels des viandes biologiques et de celles conventionnels. Au total 6 méta-analyses ont été prises en compte provenant d’Europe, des Etats-Unis et du Brésil (67 études au total). Elles étaient focalisées sur la composition en graisses des viandes. Quelques-unes seulement portaient sur les minéraux, les métaux ou d’autres paramètres. Résultats : Il existe des différences de composition nutritionnelle entre les viandes biologiques et celles conventionnelles, ce qui contredit la revue de Dangour et al qui ont rassemblé les données des viandes, œufs, lait et produits laitiers dans leurs analyses et ont conclu qu’il n’y avait pas de différence entre les produits animaux biologiques et conventionnels. Toutefois, les données sont très hétérogènes notamment dans les analyses selon les viandes (bœuf, porc, agneau, poulet.). Les données suggèrent que certaines viandes biologiques présentent des concentrations supérieures en AGPI et en oméga-3. Quelques différences sont notées concernant les AGS (myristique et palimitique) dans le poulet (moins d’AGS dans le bio) mais les données sont, là encore, assez hétérogènes. Concernant les AGMI, des concentrations moindres sont détectées dans le porc et le poulet mais les données varient selon le pays d’origine de la viande. Les auteurs ont cherché ensuite à estimer les apports en acides gras des individus selon leur consommation de viande (biologique versus conventionnelle). Mais une réelle quantification des apports en acides gras selon le type de viande consommées n’est pas possible car les données d’enquêtes alimentaire et les tables de compositions des viandes ne peuvent être suffisamment précises pour ce faire. Ils se sont donc basés sur les profils de consommations européennes et sur les compositions moyennes en lipides des viandes. Selon ces estimations, les apports en Acides gras saturés totaux et en acide palmitique seraient équivalents tandis que ceux en acide myristique seraient inférieurs avec la consommation de viandes biologiques. Les différences d’apports en acide myristique seraient de -12 % pour le bœuf (-12%), -16% pour le porc et – 50 % pour le poulet. L’apport total ainsi estimé en acide myristique serait de 16 % plus faible avec une consommation globale de viandes biologiques. Les différences concernant les AGPI seraient encore plus importantes avec une consommation de 17 % plus élevée d’AGPI totaux, 22 % plus élevée d’oméga-3 et 21 % plus élevée d’oméga-6 avec la consommation de viandes biologiques, toutes espèces confondues. Les auteurs soulignent que la variabilité des résultats retrouvés s’expliquent aussi par des pratiques agronomiques différentes (élevage en extérieur, composition du fourrage, utilisation de concentrés, supplémentation en minéraux) entre le biologique et le conventionnel. Mais il faut noter que dans cette étude, la comparaison des managements, bio ou conventionnel, se base sur trois critères : durée de pâturage, fraicheur des fourrages et part de concentrés. Ils se basent pour ce faire sur la norme européenne. Ainsi pour les ruminants, les différences de composition en acide gras de la viande proviennent majoritairement « du temps de pâturage et de la part des fourrages dans la ration ». Une explication plus mineure mais significative serait la composition des fourrages pâturés ou conservés : mélange herbe/légumineuses (trèfle, luzerne), typique en biologique, pourrait expliquer ces différences. Les études cités ne comparent pas de viandes de ruminants issues d’un système biologique (qui selon la norme UE comportent au moins 60 % de fourrage dans la ration) à celles issues d’un système conventionnel extensif herbager, qui seraient susceptibles de présenter le même type de profil en acides gras. Source :Composition differences between organic and conventional meat: a systematic literature review and meta-analysis. Średnicka-Tober D, Barański M, Seal C, Sanderson R, Benbrook C, Steinshamn H, Gromadzka-Ostrowska J, Rembiałkowska E, Skwarło-Sońta K, Eyre M, Cozzi G, Krogh Larsen M, Jordon T, Niggli U, Sakowski T, Calder PC, Burdge GC, Sotiraki S, Stefanakis A, Yolcu H, Stergiadis S, Chatzidimitriou E, Butler G, Stewart G, Leifert C. Br J Nutr. 2016 Feb 16:1-18
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