Viande et santé : nécessité d’aller vers des recommandations nutritionnelles ciblées (Article de synthèse)

Pour la première fois, des chercheurs français ont considéré les relations observées entre la consommation de viande rouge et la santé au travers d’une analyse bénéfices/risques. Conclusion ? Compte tenu de besoins et de risques nutritionnels différents selon l’âge et le sexe et selon les niveaux réels de consommation, ce type d’évaluation doit être décliné pour différents sous-groupes de population afin d’adapter les recommandations de consommation à ces populations.
C’est un article à l’approche novatrice et nuancée que l’on a pu lire en janvier 2021 dans la revue Food and Chemical Toxicology. Pour la première fois, des chercheurs français ont entrepris de réaliser une analyse « bénéfices/risques » de la consommation de viande rouge, à partir des données de consommation françaises, et de proposer des scénarios alternatifs de consommation améliorant ce rapport pour différents sous-groupes de population. Ce type de démarche « bénéfices/risques » permet de considérer de façon simultanée plusieurs effets possibles d’un aliment sur la santé, quelle que soit leur nature (chimique, microbiologique, nutritionnelle…) et d’éclairer ainsi la formulation de recommandations alimentaires.
Les DALYs comme mesure transversale des effets sur la santé
Pour mener à bien cet exercice, les chercheurs se sont appuyés sur les études d’observation de la littérature quantifiant les relations statistiques entre les niveaux de consommation de viande rouge (incluant les viandes de bœuf, porc, agneau, veau et autres viandes de petits ruminants) et les principales maladies auxquelles sont associées la simple consommation – toxi-infections alimentaires –, la consommation excessive – cancer colorectal (CCR), maladies cardiovasculaires (MCV) – ou la consommation insuffisante – anémie ferriprive – de viande rouge.
Afin de pouvoir comparer les différents risques et bénéfices, les chercheurs ont utilisé une mesure internationalement reconnue du « poids » de ces maladies : le DALY (pour Disability Adjusted Life Years). Le nombre de DALY correspond au nombre d’années de vie en bonne santé perdues du fait de l’apparition d’une incapacité, d’une maladie ou d’une mort prématurée en lien avec une maladie. Les chercheurs ont ainsi calculé les DALYs liées aux maladies précédemment mentionnées à partir des niveaux de consommations de viande rouge observés dans la population française (données INCA 2).
Un rapport bénéfices/risques plus ou moins favorable selon les populations
Les chercheurs ont alors entrepris de modéliser différents scénarios alternatifs de consommation visant à améliorer ce bilan. En particulier, ils ont réalisé des scénarios considérant des sous-groupes de populations d’âge et sexe différents, et présentant donc des besoins et des risques nutritionnels spécifiques. Ainsi, chez les femmes de 25 à 44 ans, une consommation moyenne de viande rouge fixée à 455 g/semaine (versus une consommation actuelle moyenne de 253 g/semaine) améliore le rapport bénéfices/risques : les DALYs liées à l’anémie ferriprive connaissent une diminution supérieure à l’augmentation des DALYs liées aux risques de maladies cardiovasculaires et de cancer colorectal. Mais inversement, chez les femmes de 65 ans et plus, augmenter la moyenne de consommation à 455 g/semaine (versus 250 g/semaine) n’apporte aucun bénéfice en termes de prévention de l’anémie primitive alors que les autres risques potentiels estimés augmentent.
Vers des recommandations nutritionnelles ciblées
Les auteurs ont conscience des limites méthodologiques inhérentes à ce type d’approche : liste des risques et des bénéfices considérés non exhaustive, effets de substitutions entre aliments non pris en compte, possibilités limitées de modifier les comportements alimentaires, non prise en compte des temps de latence entre un comportement nutritionnel et l’apparition ultérieure d’une maladie… Ils attirent toutefois l’attention sur un point central : la nécessité d’une évaluation des bénéfices et des risques nutritionnels au regard des spécificités physiopathologiques de différentes sous-populations, avec pour conséquence la formulation de messages nutritionnels ciblés.
Référence : Mota JO, Guillou S, Pierre F, Membré JM. Public health risk-benefit assessment of red meat in France: Current consumption and alternative scenarios. Food Chem Toxicol. 2021 Jan 21;149:111994.
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