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Le socle scientifique des nouvelles Dietary Guidelines américaines est paru (Article d’analyse)

En 2020 est attendue la sortie des nouvelles recommandations alimentaires américaines, ou Dietary Guidelines for Americans (DGA), mises à jour tous les 5 ans depuis 1980. Le Comité en charge d’analyser les dernières données scientifiques vient de rendre son rapport, donnant un avant-goût des principales orientations des prochaines DGA. 

 

Tous les cinq ans, les autorités de santé américaines (départements de l’Agriculture et de la Santé – USDA) réalisent une mise à jour des Dietary guidelines for Americans (DGA), ou recommandations alimentaires destinées à la population. Elles s’appuient pour cela sur les conclusions d’un comité d’experts mandaté pour examiner et mettre à jour les données scientifiques. L’édition 2020 des DGA n’a pas failli à la règle : le rapport dudit Comité est paru à la mi-juillet. 

Au-delà des nutriments et des aliments : la confirmation des profils alimentaires

Pour la première fois, les autorités de santé ont posé des questions précises au Comité afin d’orienter ses travaux vers les thématiques jugées prioritaires. Un premier lot de questions concernait les profils alimentaires, ou profils alimentaires. Depuis 2010, les DGA reposent sur des recommandations globales sur le régime et non plus sur des aliments ou nutriments spécifiques. Une façon de « reconnaître que les gens ne consomment pas des nutriments ou des aliments isolés, mais les consomment selon différentes combinaisons » ; et de prendre ainsi en considération les « interactions, synergies et effets cumulés de divers nutriments et aliments du régime ».

La littérature scientifique récente confirme ainsi l’existence de profils alimentaires associés de façon concordante à des bénéfices en termes de mortalité, de maladies cardiovasculaires, de surpoids et d’obésité, de diabète de type 2, de santé osseuse, de cancers (sein, côlon, poumon) et de santé mentale. Les caractéristiques communes de ces régimes sont les suivantes : des consommations plus élevées de légumes, fruits, légumineuses, produits céréaliers complets, produits laitiers, viande maigre[1] et volaille, produits de la mer, fruits à coque, huiles riches en acides gras insaturés ; et des consommations faibles de viande rouge[2], viande transformée, céréales raffinées, produits et boissons sucrés. Ces conclusions confortent ainsi les trois modèles alimentaires proposés à la population américaine par l’USDA pour l’aider à composer son régime alimentaire (voir encadré).

Les trois modèles alimentaires proposés par l’USDA

En s’appuyant sur des modélisations, le département américain de l’Agriculture (USDA) a défini des modèles alimentaires destinés à aider la population à composer un régime alimentaire sain. Ces modèles présentent les quantités de chaque grande catégorie d’aliments à consommer afin de couvrir ses besoins nutritionnels et de prévenir les maladies. Ils en définissent trois déclinaisons, permettant de répondre à la diversité des cultures alimentaires des individus :
Ces trois modèles alimentaires partagent un socle de caractéristiques communes : besoins énergétiques en majorité couverts par des aliments végétaux (fruits légumes, légumineuses, produits céréaliers complets, fruits à coques et graines) ; couverture des besoins en protéines et lipides à partir d’aliments de haute densité nutritionnelle (c’est-à-dire avec des teneurs élevées en vitamines et minéraux proportionnellement à l’apport énergétique) ; limitation des apports en sucres ajoutés, matières grasses solides et sodium.

Zoom sur la période périnatale

À la demande des autorités, les experts se sont ensuite penchés dans le détail sur la période périnatale en analysant les liens entre alimentation et santé pendant la grossesse et l’allaitement, puis de la naissance à 2 ans (période dite des 1 000 premiers jours).

Un régime alimentaire sain pendant la grossesse (correspondant aux recommandations établies pour la population générale, voir supra) permettrait ainsi de réduire les risques de diabète gestationnel, de troubles hypertensifs et de naissance prématurée. Un focus est réalisé sur les poissons gras riches en oméga 3 (en privilégiant les espèces pauvres en méthylmercure), dont la consommation en quantité suffisante permettrait de réduire ces mêmes risques et de favoriser le développement des capacités cognitives et de communication de l’enfant.

Les bénéfices de l’allaitement en termes de prévention du surpoids et de l’obésité infantile sont soulignés. Une durée prolongée d’allaitement pourrait aussi réduire les risques de diabète de type 1 et d’asthme. Toutefois, les experts insistent sur la nécessité de veiller à des apports suffisants en fer et en zinc à partir de 6 mois chez les enfants allaités et de proposer des aliments de complément riches en acides gras polyinsaturés. Si les céréales enrichies peuvent contribuer à ces apports dans une certaine mesure, les consommations de viande, d’œuf et de poissons sont fortement recommandées comme sources alimentaires prioritaires de ces nutriments pour couvrir les besoins. En revanche, les compléments alimentaires en fer « sans effet positifs démontrés ou pouvant même présenter des effets négatifs » ne constitueraient pas une solution intéressante.

Les experts battent aussi en brèche les idées reçues sur les aliments allergisants en soulignant que les consommations de lait ou d’œufs pendant la grossesse n’augmentent pas les risques d’allergies de l’enfant. La consommation de cacahuètes ou d’œuf pendant la première année de vie (> 4 mois) pourrait même réduire les risques d’allergies ultérieurs à ces aliments. Enfin, l’éviction des boissons sucrées chez les jeunes enfants est hautement recommandée.

Pour parachever le volet sur la période périnatale, le Comité, en s’appuyant sur des travaux de modélisation, à développer un modèle alimentaire spécifiquement dédié aux enfants de 12 à 24 mois ne consommant plus de lait maternel ou formule infantile. Les combinaisons d’aliments proposées dans ce cadre permettent de couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels. Le modèle obtenu combine viande rouge, volaille, poisson, œufs et produits laitiers, pour ce qui est des produits animaux, et fruits à coques, graines, fruits et légumes et produits céréaliers, pour les aliments d’origine végétale. Un modèle lacto-ovo-végétarien est également proposé aux jeunes enfants végétariens.

Les experts soulignent néanmoins les difficultés rencontrées pour construire des modèles alimentaires dans cette tranche d’âge, du fait des besoins nutritionnels particulièrement élevés par rapport aux besoins énergétiques ; d’où la nécessité de prioriser les aliments de densité nutritionnelle élevée. L’exercice de modélisation s’est même révélé sans issue pour la tranche d’âge des 6-12 mois, ainsi que pour les 12-24 mois encore allaités. Dans tous les cas, les exercices de modélisation ont révélé que le « crédit calorique » dont dispose les enfants de moins de 2 ans ne laisse quasiment aucune place aux sucres ajoutés. Et les experts de souligner que la mise à jour de certaines données, comme les valeurs nutritionnelles de référence pour certaines populations (femmes enceintes et allaitantes, enfants de 0 à 2 ans…), sera nécessaire pour la prochaine révision des DGA.

Retour aux nutriments

Alors que l’heure est aux approches globales de l’alimentation, les autorités de santé ont tout de même trouvé nécessaire d’actualiser des questions spécifiques sur certains nutriments. Parmi celles-ci : la mise à jour des données concernant les liens entre la consommation de lipides et les maladies cardiovasculaires.

Les conclusions du Comité en la matière s’appuient en grande partie sur une certaine littérature des dernières années qui modélise les effets de remplacement de certains nutriments par d’autres. Ainsi, les experts estiment que remplacer une partie des acides gras saturés (et en particulier ceux provenant des viandes transformées et de certains produits laitiers) par des acides gras insaturés et en particulier polyinsaturés (provenant de poissons, graines, fruits à coque, légumineuses et certaines huiles végétales) permet de réduire l’incidence des maladies cardiovasculaires, de même que les marqueurs intermédiaires associés tels que le cholestérol sanguin total et LDL. En complément, les experts recommandent de privilégier les viandes maigres et les produits laitiers présentant de faibles teneurs en matières grasses.

Quant aux effets propres du cholestérol présent dans certains produits alimentaires, comme le jaune d’œuf ou certains abats, ils sont jugés difficiles à distinguer de ceux des acides gras saturés également présents dans ces produits. Dans tous les cas, selon les experts, les régimes alimentaires contenant peu de cholestérol seraient associés à un moindre risque cardiovasculaire.

On peut noter que ces conclusions sur les acides gras se révèlent relativement différentes des derniers avis scientifiques français qui insistent au contraire sur la nécessité de distinguer les effets des différents acides gras saturés. Autrefois considérés en bloc, il s’avère que des effets athérogènes n’ont été constatés que pour trois d’entre eux (acides laurique, myristique et palmitique). De même au niveau des acides gras polyinsaturés dont les différentes familles (oméga 3 et oméga 6 notamment) présentent des effets propres, souvent opposés.

Un autre élément notable des conclusions du Comité concerne les sucres ajoutés, qui voient leur part dans le régime réduite à 6 % des apports énergétiques selon ses recommandations, contre 10 % dans l’édition précédente des DGA. À l’origine de cette révision : d’une part la littérature scientifique, qui montre qu’une consommation élevée de sucres ajoutés (en particulier ceux provenant des boissons sucrées consommées par une part importante de la population américaine) pourrait contribuer à la prise de poids et à la survenue de maladies liées au surpoids et à l’obésité ; d’autre part les résultats des modélisations, qui renseignent sur le crédit restant en termes d’énergie une fois les besoins nutritionnels couverts.

Enfin, bien que non sollicité sur les questions d’impact environnemental de l’alimentation ou encore sur les leviers et freins à la modification des comportements alimentaires, le Comité attire l’attention des autorités de santé sur l’importance de la prise en compte de tels aspects dans la genèse des DGA.

 [1] Les viandes maigres sont présentées par opposition aux viandes grasses mais ne sont pas explicitées dans l’analyse du Comité.

[2] Bien que les viandes incluses dans cette catégorie ne soient pas précisées dans le rapport, la littérature anglosaxonne regroupe en général sous cette catégorie toutes les viandes hors volaille.

Source : Scientific Report of the 2020 Dietary Guidelines Advisory Committee.

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