Explore2 : anticiper les futurs de la ressource en eau pour guider l’adaptation des territoires (ARTICLE DE SYNTHÈSE)
Face aux tensions déjà observées sur la ressource en eau, le projet Explore2 actualise les projections hydro‑climatiques pour la France métropolitaine à l’horizon 2100. Objectif : caractériser l’impact du changement climatique sur les débits, la recharge des nappes et la fréquence des sécheresses. Porté par INRAE et l’Office international de l’eau, avec le soutien du ministère de la Transition écologique et de l’Office français de la biodiversité (OFB), Explore2 décline plusieurs scénarios de réchauffement et met en évidence des futurs très contrastés selon les régions : hivers globalement plus humides, étés plus secs, aggravation des étiages et des sécheresses hydrologiques sur une large part du territoire. L’initiative s’accompagne d’un important volet d’outillage des acteurs pour permettre aux collectivités, services de l’État et opérateurs de l’eau d’intégrer ce projet à leurs diagnostics et plans d’adaptation, en ciblant les territoires les plus exposés et en anticipant les mesures de gestion à mettre en œuvre.
Le projet Explore2 s’inscrit dans la continuité du projet Explore 2070, qui avait fourni au début des années 2010 des projections à l’horizon 2050‑2070 pour la métropole et l’outre‑mer. La nouvelle campagne approfondit et étend ces travaux en couvrant l’ensemble du XXIᵉ siècle, de 2020 à 2100, à partir des scénarios d’évolution du climat issus des dernières publications du GIEC et des modèles atmosphériques utilisés par Météo‑France.
Un projet national pour mettre à jour les scénarios hydrologiques
Les chercheurs ont mobilisé une chaîne de modélisation couplant projections climatiques et modèles hydrologiques pour simuler l’évolution des débits de surface, de la recharge des aquifères et des variables associées (précipitations, évapotranspiration, températures), à une résolution spatiale fine du réseau hydrographique. Financé par le ministère de la Transition écologique et l’OFB, le projet couvre la France hexagonale et la Corse, avec une ambition explicitement double : actualiser les connaissances scientifiques sur les futurs de l’eau, et produire des outils opérationnels permettant aux décideurs de s’approprier ces résultats.
Des tendances générales alarmantes, nuancées par de fortes disparités régionales
Les synthèses mises en ligne par le ministère et INRAE rappellent des tendances lourdes déjà bien identifiées : des hivers plus humides, des étés plus secs, une augmentation de la fréquence et de la sévérité des sécheresses hydrologiques, et une baisse durable des débits sur de nombreux cours d’eau. Les fiches par secteurs hydrographiques montrent que ces évolutions ne sont pas uniformes : dans certaines régions, la hausse des précipitations hivernales peut partiellement compenser la baisse des apports estivaux, alors que dans d’autres, les déficits d’eau cumulés se traduisent par une diminution marquée des débits d’étiage et une recharge plus incertaine des nappes. Explore2 insiste sur le fait que ces projections, bien qu’associées à des incertitudes, convergent vers une augmentation des tensions sur la disponibilité de l’eau, en particulier pour les usages sensibles aux étiages et aux sécheresses prolongées (alimentation en eau potable, irrigation, besoins écologiques des milieux aquatiques).
Une boîte à outils pour accéder et interpréter les données
L’un des apports majeurs du projet réside dans le dispositif d’accompagnement proposé aux acteurs de terrain. Le portail DRIAS‑Eau, opéré par Météo‑France, donne accès aux projections hydrologiques détaillées, aux indicateurs dérivés (débits, recharge, précipitations) et à des documents pédagogiques facilitant la prise en main des jeux de données. Le portail MEANDRE, développé par INRAE, offre une visualisation cartographique des résultats, avec un regard expert sur les tendances par bassin versant et des parcours d’exploration guidés pour les territoires qui souhaitent comprendre rapidement les principaux risques et enjeux. Le projet a également produit 187 fiches qui détaillent l’évolution des indicateurs selon le secteur hydrographique et trajectoires de réchauffement à court et à long termes. Enfin, une plateforme d’apprentissage en ligne propose un MOOC destiné aux techniciens, collectivités et services de l’État et dédié à l’exploitation des résultats d’Explore2.
Intégrer Explore2 dans les diagnostics territoriaux et les plans d’adaptation
Les projections d’Explore2 n’ont pas vocation à rester cantonnées au champ scientifique, mais à être intégrées dans les démarches de diagnostic et de planification des acteurs de la gestion de l’eau. À l’échelle des bassins versants, les gestionnaires peuvent utiliser les chroniques et les fiches pour repérer les secteurs où les débits d’étiage devraient le plus diminuer, où la recharge des nappes semble la plus menacée, ou encore où les contrastes saisonniers risquent de poser des problèmes particuliers en termes de qualité de l’eau, de disponibilité estivale ou de sécurité des usages. Les projections peuvent alimenter des scénarios de gestion plus robustes : révision des courbes de remplissage des réservoirs, ajustement des règles de soutien d’étiage, réflexion sur les priorités d’usage en période de tension, identification des zones à enjeux pour la protection ou la restauration des zones d’infiltration. En articulant données hydrologiques futures et démarches d’adaptation locales, Explore2 est pensé comme un socle commun, partagé entre services de l’État, collectivités, opérateurs et chercheurs.
Une base pour actualiser les politiques de l’eau
Enfin, les partenaires du projet soulignent que l’intérêt d’Explore2 réside aussi dans sa capacité à fournir des repères chiffrés pour discuter des trajectoires de réchauffement et de leurs implications concrètes sur la ressource en eau. Les niveaux de réchauffement retenus dans les analyses (par exemple +2°C ou +4°C par rapport à la période de référence) permettent aux décideurs de visualiser comment se transforment les débits, les régimes de crue et d’étiage, ou la recharge des nappes en fonction des scénarios climatiques, et donc de mesurer l’écart entre des trajectoires d’atténuation ambitieuses et plus pessimistes. Cette approche est conçue comme un support à la concertation, en offrant un langage commun et des indicateurs partagés pour hiérarchiser les secteurs prioritaires, organiser la solidarité entre territoires et ajuster les politiques de l’eau à l’ampleur du réchauffement anticipé.
Pour en savoir plus : Explore2 : les futurs de notre ressource en eau
Source : Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires
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