SNBC 3 : réduire les émissions agricoles sans fixer d’objectif de baisse des cheptels
fixe la feuille de route française vers la neutralité carbone en 2050. Objectif d’ici 2030 : avoir réduit de moitié ses émissions territoriales par rapport à 1990. Pour l’agriculture, qui a émis 78 millions de tonnes équivalent CO2 en 2024, l’objectif est une baisse de 26 % en 2030 (puis de 53 % en 2050). L’élevage se trouve évidemment au premier plan. La stratégie entend donc conjuguer baisse des émissions, souveraineté alimentaire et maintien des services associés aux prairies. Elle ne fixe toutefois aucun objectif chiffré de réduction du nombre de ruminants, misant plutôt sur l’évolution des systèmes, la conduite des troupeaux, l’alimentation, le pâturage, l’autonomie protéique et la valorisation des effluents.
La troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) vise 68 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2e) pour l’agriculture en 2030, contre 78 Mt en 2024, puis 43 Mt en 2050. Les émissions agricoles resteraient alors parmi les plus élevées, en raison de leur origine biologique : en 2024, 86 % provenaient de processus liés à l’élevage et aux cultures, jugés en partie incompressibles. Depuis 1990, le secteur a déjà réduit ses émissions de 17 %, notamment sous l’effet de la contraction des cheptels et du recul des engrais minéraux.
Pas de cible chiffrée sur les cheptels
La première orientation consacrée à l’élevage consiste à « accompagner l’évolution des cheptels ». Mais, contrairement à certains travaux préparatoires, le texte final ne donne ni effectifs cibles ni pourcentage de baisse pour les bovins, ovins ou caprins. Il privilégie la structuration des filières, les productions locales et la réduction des importations de viande bovine, afin d’éviter les « fuites de carbone ».
Les bovins au cœur des leviers
La part des élevages bovins laitiers en système de pâturage dominant doit passer de 28 % en 2020 à 45 % en 2030, puis à 64 % en 2050. L’objectif est de préserver les prairies permanentes et leurs stocks de carbone, tout en renforçant l’autonomie fourragère. Les importations de soja doivent quant à elles être divisées par deux dès 2030 par rapport à 2020, avant une autonomie protéique nationale visée en 2050.
La stratégie table aussi sur une baisse de 5 % des émissions par tête grâce à l’optimisation de la conduite des bovins : réduction des périodes improductives, carrière laitière plus longue et premier vêlage plus précoce. Sur la fermentation entérique, elle retient la substitution de 3,5 % des glucides des rations par des lipides insaturés durant les périodes en bâtiment. Cette pratique, créditée d’une baisse de 14 % des émissions entériques chez les animaux concernés, toucherait 25 % des bovins en 2030 et 82 % en 2050. Par ailleurs, la sélection génétique devrait apporter 5 % de réduction supplémentaire des émissions entériques par tête en 2050.
Valorisation des effluents et évolutions des régimes alimentaires
La SNBC 3 prévoit de généraliser la couverture des fosses à lisier afin de limiter les pertes d’azote. Elle fixe également l’objectif de porter la part des déjections animales mobilisables qui sont méthanisées à 22 % en 2030, puis à 80 % en 2050.
Du côté de la demande, la trajectoire repose sur une évolution progressive des régimes alimentaires conforme aux repères du Programme national nutrition santé (PNNS). Elle prévoit une limitation de la consommation de viande et de charcuterie, sans fixer de cible chiffrée, ainsi qu’une diminution de la viande importée afin d’éviter que les émissions soient simplement déplacées hors du territoire. Parallèlement, la consommation de légumineuses par personne serait doublée en 2030, puis quadruplée en 2050 par rapport à 2020 ; celle de fruits et légumes progresserait respectivement de 10 % et de 23 %. La SNBC 3 précise toutefois que ces évolutions constituent des hypothèses de modélisation et non des prescriptions supplémentaires en matière d’alimentation.
En résumé, la SNBC 3 cherche à réorienter les systèmes ruminants vers davantage de pâturage, d’autonomie et d’efficacité carbone, tout en diminuant l’empreinte des importations.
Pour en savoir plus : La stratégie nationale bas-carbone
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