Une mission CGAAER évalue le coût du changement climatique pour les filières agricoles et alimentaires

Le CGAAER a été chargé de conduire une mission relative à l’évaluation du coût du changement climatique pour les filières agricoles et alimentaires. Un sujet remis au centre des préoccupations des acteurs publics et professionnels dans le cadre du Varenne de l’eau et du changement climatique. Il s’agit maintenant de le faire entrer de manière opérationnelle dans les exploitations agricoles et de soutenir financièrement les investissements qui seront nécessaires. Et ce rapidement : « l’adaptation doit se réaliser dans les 10 ans à venir sous peine de perte de compétitivité de l’agriculture française et de perte de souveraineté alimentaire de la France », conclut le rapport.
La mission montre que l’action en matière de climat relève de trois logiques différentes, souvent confondues :
- Les actions dites d’atténuation visant à limiter les émissions de GES (gaz à effet de serre). En agriculture, il s’agit à 55 % du méthane (CH4 issu de la fermentation entérique des ruminants à 80%), à 43 % d’oxyde d’azote (N2O issu à 72 % de la fertilisation azotée) et à 2 % du CO2. Si de 1990 à 2013, la production de GES a fortement diminué (-24 % pour le CH4, de -20 % pour le N2O et -35 % pour le CO2, on constate ces dernières années (2013-2017) une reprise de la production de GES de 4 à 8 %, liée à l’accroissement des troupeaux et de la fertilisation.
- Les actions d’atténuation du changement climatique visant à capter le CO2 dans les sols et la forêt par certaines techniques comme l’ACS (agriculture de conservation des sols).
- Les actions d’adaptation au changement climatique dont la mission a effectué un tour d’horizon, sur la base des travaux du Varenne de l’eau et du changement climatique. Elles, reposent, selon les filières de production, sur l’agroécologie, l’amélioration génétique animale et végétale, la poursuite de la recherche/expérimentation, la gestion du risque climatique via le dispositif assurantiel, la sécurisation de la ressource en eau, les adaptations territoriales de production, et le conseil et la formation.
Certaines actions, comme l’enrichissement en matière organique du sol, peuvent agir simultanément sur plusieurs de ces 3 composantes.
Les trois recommandations de la mission
- Poursuivre la recherche-développement (instituts de recherche et instituts techniques) et la valorisation des travaux de recherche sur la vulnérabilité et la résilience des productions agricoles en France (rôle de la cellule RIT), notamment sur les méthodologies de diagnostics « atténuation carbone » et « vulnérabilité des exploitations ».
- Massifier sur le terrain un conseil stratégique en couplant les diagnostics « vulnérabilité » et « atténuation » et le soutenir via, par exemple, le PNDAR ou un programme type Plan de relance ou PIA4.
- Accompagner les agriculteurs dans la transition climatique en poursuivant le soutien financier aux investissements et aux actions mises en œuvre suite à ce diagnostic visant l’atténuation ou l’adaptation par des programmes tels que France relance.
En conclusion, les enjeux sont majeurs pour la ferme France car l’adaptation de l’agriculture au processus irréversible du changement climatique est indispensable et les coûts seront importants. Si on a pu considérer que le changement climatique pouvait s’envisager sur le temps long, ce n’est plus le cas : l’adaptation doit se réaliser dans les 10 ans à venir sous peine de perte de compétitivité de l’agriculture française et de perte de souveraineté alimentaire de la France.
Pour en savoir plus : Évaluation du coût du changement climatique pour les filières agricoles et alimentaires
Source : Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
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