Sol et alimentation : des régimes sains aux impacts ambivalents sur les gaz à effet de serre (Traduction)
Une étude parue en avril 2025 dans la revue scientifique Agricultural Systems propose une évaluation inédite de l’impact du régime alimentaire de référence EAT-Lancet sur le bilan des gaz à effet de serre (GES) des sols agricoles au Danemark. Grâce à une modélisation avancée intégrant les changements d’usage des terres et les processus biogéochimiques, les chercheurs montrent que, bien que la réduction de la production animale diminue les émissions globales, la baisse des apports organiques et des prairies permanentes engendre une hausse des émissions de protoxyde d’azote et des pertes de carbone du sol. Ce travail souligne l’importance d’une approche systémique pour évaluer les effets environnementaux des transitions alimentaires, en tenant compte de l’ensemble du système agricole, y compris les sols.
Les systèmes alimentaires actuels sont responsables d’environ 30 % des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Ainsi, les préférences alimentaires des consommateurs peuvent avoir des conséquences environnementales importantes. Si la contribution de la réduction de la consommation de protéines animales à la baisse des émissions de méthane est bien connue, l’impact des changements alimentaires sur le bilan des GES des sols reste encore peu étudié. Cette étude visait ainsi à évaluer de manière exhaustive l’impact du régime alimentaire EAT-Lancet sur le bilan net des GES des sols à l’échelle d’un pays, à l’aide d’un modèle avancé basé sur les processus, en prenant le Danemark comme étude de cas.
Des sols nettement plus pauvres en carbone et une augmentation des émissions de N₂O
Une approche en deux étapes a été utilisée. D’abord, le modèle d’équilibre général MAGNET a permis de quantifier les changements dans la consommation alimentaire et l’utilisation des terres au niveau national après adoption du régime EAT-Lancet dans l’Union européenne. Ensuite, le modèle biogéochimique basé sur les processus DayCent a permis d’évaluer les implications de ces changements sur le bilan des GES des sols agricoles danois.
Les résultats montrent que, par rapport aux régimes alimentaires actuels, l’adoption complète du régime EAT-Lancet entraînerait des pertes significatives de carbone (jusqu’à 480 Gg CO₂e/an) et une augmentation des émissions de N₂O (2,1 %, soit 50 Gg CO₂e/an) entre 2030 et 2100 dans les sols agricoles. Ces changements s’expliquent principalement par une diminution de l’apport de fumier animal et la réduction des prairies permanentes. À noter que le bilan des GES des sols varie fortement selon les conditions pédoclimatiques.
De l’importance d’intégrer les émissions des sols dans les évaluations
Bien que ces résultats ne remettent pas en cause les réductions globales de GES obtenues par la baisse de la production animale (1 390 Gg CO₂e/an), ils soulignent l’importance d’intégrer les émissions des sols dans les évaluations, car celles-ci atténuent partiellement les bénéfices environnementaux d’un régime plus végétal. Enfin, la forte variabilité régionale observée dans les bilans de GES des sols plaide pour des évaluations spatialisées à plus grande échelle et dans d’autres régions.
En savoir plus : Vasilis Michailidis, Emanuele Lugato, Panos Panagos, Diego Grados, Florian Freund, Arwyn Jones, Diego Abalos, How do diet shifts affect the greenhouse gas balance of agricultural soils? Denmark as a case study, Agricultural Systems, Volume 224, 2025, 104263, ISSN 0308-521X (PDF en libre accès)
Source : Agricultural Systems
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