Réduction du méthane par la supplémentation en graisses : des arbitrages à opérer entre performance environnementale et rentabilité (TRADUCTION)

La supplémentation en graisses figure parmi les leviers nutritionnels les plus étudiés pour atténuer les émissions de méthane entérique. À partir de la modélisation fine de deux troupeaux réels (biologique et conventionnel), cette étude met en évidence des réductions mesurables des émissions en élevage laitier, mais souligne aussi les effets collatéraux sur leurs performances technico-économiques. Elle éclaire ainsi sur les compromis à opérer entre efficacité climatique, dynamique de production et marge brute, rappelant que les stratégies d’atténuation ne peuvent être évaluées indépendamment de leur viabilité économique à l’échelle des exploitations.

La supplémentation alimentaire en graisses est largement reconnue comme une stratégie de réduction des émissions de méthane entérique (CH4) dans la production laitière, mais on dispose de peu d’informations sur son impact au niveau du troupeau et ses implications pour la rentabilité des exploitations.

Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé un modèle de simulation de troupeau pour évaluer l’impact de la supplémentation en graisses sur l’intensité des émissions de CH4 au niveau du troupeau (g CH4/kg ECM, Energy-Corrected Milk, Lait corrigé pour l’énergie) et la marge brute. La simulation a été réalisée à partir de jumeaux numériques de deux troupeaux laitiers réels, l’un biologique et l’autre conventionnel. Quatre scénarios combinant deux niveaux de suppléments en acides gras, à savoir 10 et 15 g/kg de matière sèche (respectivement AG10 et AG15), avec deux périodes d’application (toute la période de lactation et à partir de la 5e semaine de lactation), ont été simulés pour chaque troupeau.

De 3,8 à 7,2 % de réduction du CH4 selon la supplémentation en acides gras

Les résultats ont montré que les AG supplémentaires réduisent de 3,8 à 7,2 % l’intensité du CH4 entérique au niveau du troupeau. Cette réduction était influencée à la fois par la teneur en AG de l’alimentation de base et par la quantité supplémentaire apportée. La marge brute a diminué dans tous les scénarios pour les deux troupeaux, avec une réduction plus importante observée dans le troupeau conventionnel. L’apport supplémentaire en AG à partir de la 5e semaine de lactation a eu un effet mineur sur l’intensité du CH4 et la marge brute des deux troupeaux par rapport à l’application pendant toute la période de lactation. L’analyse de sensibilité a indiqué que la variation de l’ECM résultant de la supplémentation en graisses a influencé à la fois l’intensité de CH4 du troupeau et la marge brute, tandis que la variation du prix du lait a eu un impact sur la marge brute, soulignant la nécessité d’une pratique prudente. Ces résultats soulignent l’importance d’analyser la rentabilité des stratégies d’atténuation des émissions afin de soutenir la prise de décisions éclairées dans les exploitations agricoles.

Référence : Jørgensen, N., Chen, L., Thorup, V. M., Weisbjerg, M. R., & Østergaard, S. (2025). Effects of dietary fat supplementation on enteric methane mitigation and farm profitability: A case study of an organic and a conventional dairy herd. Livestock Science. Advance online publication.

Source : Livestock Science

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