Rapport conjoint de l’OMS et de la FAO sur les principes directeurs d’une alimentation saine et durable (Article de synthèse)

Comme une réponse au rapport EAT-Lancet de janvier 2019 définissant ce que devrait être un régime sain et une agriculture durable, la FAO et l’OMS viennent de publier les principes fondateurs des régimes alimentaires sains et durables identifiés par 33 experts internationaux consultés sur ce sujet.
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont été mandatés pour réfléchir aux principes fondateurs des régimes alimentaires sains et durables, « compte tenu de l’existence de points de vue divergents sur ces concepts » au niveau international. A l’issue d’une consultation d’experts, qui s’est tenue à Rome en juillet 2019, un rapport a été produit. Il dresse la liste des objectifs auxquels un régime alimentaire doit répondre pour être considéré comme sain et durable, selon ces deux institutions. Doit-on y voir une clarification jugée nécessaire suite au récent rapport de la commission EAT-Lancet, qui soulevait bien des questions (voir l’article d’analyse « Parution du rapport EAT-Lancet ») ?
Culture et habitudes locales, des éléments clés à considérer
Pour mener à bien la consultation, cinq rapports ont été commandés au préalable par la FAO et l’OMS à 33 experts internationaux. L’un des points saillants de leurs analyses : la dimension culturelle de l’alimentation et les spécificités et traditions locales à prendre en compte pour tendre vers des régimes durables. En effet, malgré la mondialisation, les habitudes alimentaires sont encore très territorialisées, ne serait-ce qu’en raison des ressources biophysiques (sols, microclimats, paysages) qui caractérisent l’agriculture et l’économie. Les régimes alimentaires sont ainsi davantage que la somme des aliments consommés. Ils sont un mode de vie façonné par des contextes sociaux, culturels et économiques locaux.
Des solutions à adapter aux enjeux locaux
Pour illustrer la diversité des contextes alimentaires à travers le monde, et donc la diversité des solutions à déployer, plusieurs cas d’école sont pris en exemple. Au Brésil, l’élevage bovin et la culture du soja constituent deux moteurs majeurs de l’économie et contribuent clairement à la perte de biodiversité ; dès lors, comment tendre vers un système agro-alimentaire plus durable tout en maintenant la stabilité économique du secteur agricole de ce pays ? À une toute autre échelle, au Kenya, alors que les vaches et autres ruminants assurent la sécurité alimentaire des communautés rurales et font partie intégrante de la culture de ces populations, comment réduire leur impact environnemental sans mettre en péril la subsistance même de ces populations ?
Ainsi, si tendre vers des régimes moins caloriques et moins centrés sur les produits animaux (et en particulier les viandes de ruminants au regard des émissions de gaz à effet de serre, principal critère environnemental utilisé) fait partie des évolutions alimentaires considérées comme souhaitables dans certains pays, aussi bien pour des considérations de santé que d’environnement, dans d’autres pays, au contraire, l’enjeu reste avant tout d’assurer des apports caloriques et nutritionnels suffisants aux populations.
En somme, il n’existe pas de solution unique pour créer un système alimentaire durable, mais une série d’approches coordonnées, adaptées aux valeurs sociales, politiques, économiques et culturelles des pays et de leurs communautés, qui s’appuient sur les habitudes alimentaires ancrées dans ces pays.
Seize principes directeurs identifiés
C’est ainsi tout naturellement que « s’appuyer sur la culture, les pratiques culinaires, les connaissances et les modes de consommation locaux, ainsi que sur les valeurs qui sous-tendent la façon dont les aliments sont obtenus, produits et consommés, et les respecter », vient s’inscrire dans la liste des 16 principes directeurs identifiés par la FAO et l’OMS, auxquels devraient obéir les régimes sains et durables.
Ces aspects culturels et sociaux prolongent ainsi les principes plus souvent rapportés (mais moins développés dans les considérations des experts) du domaine de la santé – aliments peu transformés, variété d’aliments végétaux, quantités modérées de produits animaux, viande en faible quantité – et de l’environnement – respect des objectifs fixés en termes d’émissions de gaz à effet de serre, d’utilisation de l’eau et des sols, d’épandage d’azote et de phosphore et de pollution chimique, réduction de l’utilisation d’antibiotiques et d’hormones dans les élevages, réduction de l’utilisation de plastiques et dérivés dans les emballages alimentaires, et réduction du gaspillage alimentaire.
Neuf actions prioritaires pour réformer le système alimentaire en profondeur
Enfin, parmi neuf actions prioritaires identifiées pour réformer les systèmes alimentaires en profondeur, les experts recommandent, entre autres, d’assurer une cohérence entre les politiques des différents secteurs concernés, au niveau local, national et international, d’analyser les systèmes alimentaires existants afin d’examiner les changements nécessaires pour encourager une alimentation saine et durable et d’élaborer des lignes directrices nationales en matière d’alimentation qui définissent des régimes alimentaires durables et sains adaptés au contexte en tenant compte de la situation sociale, culturelle, économique, écologique et environnementale.
Réflexions d’experts
Des régimes plus riches en végétaux : quel ratio bénéfice/risques ?
Augmenter la part de produits végétaux dans son assiette fait partie des principales recommandations actuelles de santé. Certains des experts mandatés par l’OMS attirent toutefois l’attention sur la nécessité de prendre en compte toutes les conséquences sanitaires d’une telle transition alimentaire avant de la mettre en œuvre. Un nombre croissant de toxi-infections liées aux fruits et légumes serait enregistré depuis quelques années. Les micro-organismes à l’origine de ces affections pourraient être favorisés par les changements climatiques touchant certaines régions du monde. En outre, tout comme les produits animaux (poissons en particulier), les produits végétaux peuvent contenir des contaminants (mycotoxines, résidus de pesticides…). C’est pourquoi généraliser les approches « bénéfices- risques » aux différents groupes alimentaires et aux régimes alimentaires riches en végétaux, est jugé capital par les experts pour garantir la sécurité sanitaire des populations.
Source : WHO/FAO.
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