Planet-Score ouvre le débat sur les fondements scientifiques de certains dogmes nutritionnels

Lors de son webinaire du 7 octobre 2025, animé par Sabine Bonnot de l’Institut Solid Grounds, Planet-Score® a donné la parole à la journaliste scientifique américaine Nina Teicholz sur le thème des pyramides alimentaires et des recommandations nutritionnelles. Survenu quelques jours après la sortie du nouveau rapport de la Commission EAT-Lancet, ce webinaire a essentiellement tourné autour de cette publication, offrant un éclairage critique de ses fondements nutritionnels. L’enjeu : interroger la robustesse des preuves mobilisées pour justifier un régime alimentaire très pauvre en produits animaux, alors même que ces recommandations orientent de plus en plus les politiques publiques et les stratégies environnementales.

En tant que système de notation environnemental des aliments, Planet-score® souhaite participer à la diffusion de clés de compréhension pour aider les citoyens et les entreprises à faire les bons choix. D’où l’organisation régulière de webinaires qui réunissent systématiquement plusieurs centaines de participants. Le 7 octobre, l’évènement consacré aux pyramides alimentaires et aux recommandations nutritionnelles s’est ouvert sur un constat : loin d’être figée, la science nutritionnelle s’avère pétrie d’incertitudes. D’où cette décision de faire intervenir une journaliste scientifique américaine, Nina Teicholz, connue pour dénoncer certains biais du système actuellement à l’œuvre en nutrition.

Une science nutritionnelle « non stabilisée »

Nina Teicholz a commencé par rappeler que la croyance dominante selon laquelle les graisses saturées seraient nocives pour la santé découle de l’hypothèse ‘diète-cœur’, formulée dans les années 1950 par Ancel Keys, sur la base d’études observationnelles comme la célèbre Seven Countries Study comportant des biais structurels. Or, des essais contrôlés randomisés, des méta-analyses et des revues systématiques infirment cette hypothèse : la réduction des graisses saturées n’a aucun effet sur la mortalité cardiovasculaire ou la mortalité totale. Cette divergence entre types d’études alimente encore aujourd’hui un débat scientifique actif. La journaliste alerte donc sur le fait que les régimes comme celui du EAT-Lancet, qui malheureusement inspirent largement les recommandations nutritionnelles internationales, ne prennent pas en compte ce corpus de preuves rigoureuses.

Les limites nutritionnelles du régime EAT-Lancet

La seconde partie du webinaire a ainsi porté sur la qualité nutritionnelle du régime EAT-Lancet, un modèle alimentaire centré sur les végétaux, faible en produits animaux et riche en glucides (voir article « Rapport EAT-Lancet 2025 : les limites nutritionnelles d’un régime universel » + lien URL). Selon Nina Teicholz, ce régime présenterait plusieurs limites :

  • un apport protéique jugé insuffisant pour optimiser la santé métabolique et musculaire,
  • une biodisponibilité plus faible des nutriments issus des végétaux, en particulier des protéines, du fer, du zinc ou de la vitamine B12,
  • des risques de carences identifiés dès la version 2019 du régime (B12, calcium, fer, zinc),
  • une composition glucidique élevée.

Par rapport à ce dernier point, il s’avère en effet légitime de s’interroger : les glucides étant le principal moteur des maladies liées à l’insulinorésistance, au premier rang desquelles se trouve le diabète de type 2 (DT2), peut-on vraiment espérer contrer l’épidémie actuelle avec un régime composé à 53 % de glucides ? Oui, si l’on en croit le rapport EAT-Lancet qui s’appuie principalement sur des études observationnelles faibles. Cependant, les preuves issues de nombreux essais cliniques contrôlés montrent que les régimes faibles en glucides sont les seules approches alimentaires ayant démontré leur capacité à inverser l’insulinorésistance, à l’origine du DT2, mais aussi de la stéatose hépatique non alcoolique et du syndrome des ovaires polykystiques. C’est donc sur ce point que la journaliste ancre sa critique : les recommandations du EAT-Lancet s’appuient principalement sur des associations épidémiologiques, alors qu’une partie de la littérature expérimentale va dans le sens opposé.

Viande rouge, cancer et controverses méthodologiques

Concernant la place de la viande rouge, fortement réduite dans le régime EAT-Lancet (≈ 15 g/jour), Nina Teicholz rappelle que les revues systématiques les plus strictes publiées en 2019 n’ont trouvé pas ou peu de preuves robustes d’un lien entre la consommation de viande rouge non transformée et la mortalité totale ou cardiovasculaire.

Concernant le risque de cancer colorectal, elle note que l’augmentation du risque absolu rapportée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) reste limitée et que certains essais cliniques n’ont pas été considérés dans l’évaluation (voir article « Viande rouge et cancer : une science biaisée ? Analyse des preuves derrière la classification du CIRC »). Et de souligner que ces éléments ne visent pas à conclure sur l’innocuité de la viande rouge, mais à pointer les incertitudes persistantes derrière les chiffres avancés.

Politiques publiques : inertie, censure et enjeux éthiques

Enfin, les intervenantes se sont interrogées sur la difficulté à faire évoluer des politiques nutritionnelles héritées, même lorsque de nouvelles données scientifiques émergent. Parmi les obstacles évoqués : l’inertie institutionnelle et la dissonance cognitive ; les intérêts économiques, notamment liés aux aliments ultra-transformés ou à l’industrie pharmaceutique ; et une forme de censure scientifique, rapportée par plusieurs chercheurs ayant contesté l’hypothèse ‘diète-cœur’.

La discussion s’est terminée sur une question éthique centrale : peut-on promouvoir à l’échelle mondiale un régime qui présente, selon certains experts, des limites nutritionnelles significatives, au nom de l’empreinte environnementale des aliments ? Le bon sens en appelle bien sûr à la négative… D’où l’intérêt de maintenir un espace de débat scientifique ouvert et de distinguer prudence sanitaire, enjeux environnementaux et considérations sociétales dans l’élaboration des recommandations alimentaires.

Pour visionner le Replay : Planet-score and Nina Teicholz – Food pyramids: 50 years of confusion?

Source : Planet Score

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