L’alimentation durable vue par les citoyens européens : résultats du dernier Eurobaromètre (Article de synthèse)

La stratégie « Farm to Fork »(1) au cœur du Green Deal européen vise à développer un système alimentaire durable. Mais comment les citoyens européens appréhendent-ils ce nouveau concept ? Quels facteurs influencent leurs habitudes alimentaires actuelles, et pourraient les inciter à des choix alimentaires plus sains et plus respectueux de l’environnement ? Quels seront les acteurs de la transition vers ce système plus durable ? Voici les questions posées à un panel d’habitants des 27 pays de l’Union Européenne, dans le cadre du dernier Eurobaromètre(2) publié en décembre 2020.
Du goût à moindre coût
A la question « quels facteurs influencent vos achats alimentaires ? », le goût arrive en tête des réponses données par les personnes interrogées à l’échelle de l’Europe et en France. Les choix alimentaires des Européens sont ensuite guidés par la sécurité sanitaire et le coût (respectivement cités par 42 % et 40 % des sondés), alors que les Français sont plus sensibles au coût (45 %) et à l’origine géographique des aliments (45 % contre 34 % à l’échelle européenne).
Les aliments durables : moins de pesticides, moins d’emballages
Interrogés sur les caractéristiques des aliments durables, les consommateurs européens et français s’accordent sur les qualités nutritionnelles (40 % environ), un mode de production limitant l’usage des pesticides (33%), et une accessibilité pour tous (30 %). A l’échelle européenne, les participants évoquent ensuite la production en circuit court ou local (24 %), alors que les Français privilégient la réduction des emballages (29 %).
Le régime durable : bon pour la santé et l’économie locale
D’après les participants européens et français, une alimentation durable doit avant tout être bonne pour la santé (3/4 des sondés) et supporter l’économie locale (50 %). Les Français évoquent ensuite le respect de l’environnement (47 % contre 37 % à l’échelle européenne) et la réduction des emballages (39 % contre 33 %).
De manière plus consensuelle, pour près de 60 % des Européens et des Français, un régime alimentaire sain et durable implique de consommer des aliments variés au sein d’une alimentation équilibrée, en augmentant la part des fruits et légumes. Les Français interrogés citent ensuite la consommation de produits locaux et de saison (55 % contre 47 % à l’échelle européenne) et la réduction du gaspillage alimentaire (53 % contre 42 %).
Enfin, selon cet Eurobaromètre, 2/3 des Européens et 50 % des Français estiment avoir généralement une alimentation saine et durable.
Les acteurs de la transition alimentaire
Dernier point abordé de cet Eurobaromètre : les acteurs de la transition alimentaire. A l’échelle européenne, près de 2/3 des personnes interrogées considèrent que celle-ci repose en premier lieu sur les producteurs (éleveurs, agriculteurs, pêcheurs…), puis sur les entreprises agro-alimentaires et les gouvernements. Particularité française : la mise en avant du rôle des consommateurs, mentionné par 55 % des sondés contre 43 % à l’échelle européenne, après les producteurs mais avant les autres acteurs (dont industriels).
90 % des personnes interrogées estiment néanmoins que les producteurs et entreprises agroalimentaires devraient prendre des mesures pour améliorer la durabilité de leurs produits, tout en ayant à l’esprit une possible augmentation des prix en conséquence. Ainsi, bien que le critère financier reste crucial pour les consommateurs, 75 % des personnes interrogées se disent prêtes à dépenser davantage pour une alimentation plus respectueuse de la santé et de l’environnement, Enfin, un étiquetage clair des produits labellisés « durables » favoriseraient la transition vers de nouvelles habitudes alimentaires.
(1) Littéralement « de la ferme à la fourchette »
(2) Depuis 1973, les institutions européennes effectuent régulièrement un sondage de l’opinion publique, appelé Eurobaromètre, dans tous les États membres de l’Union.
Source : Making our food fit for the future – Citizen’s expectations. Commission Européenne. Octobre 2020.
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