Diversités géographique et socioéconomique des apports alimentaires et nutritionnels au sein de quatre pays européens

Les politiques et actions de santé publique reconnaissent de plus en plus l’impact de la consommation alimentaire sur l’environnement. Le but de cette étude était de décrire les apports alimentaires dans quatre pays européens, comme référence pour poursuivre les recherches vers des régimes alimentaires plus sains et respectueux de l’environnement pour l’Europe.
Méthodologie
Les données sur l’apport alimentaire individuel chez les adultes ont été obtenues à partir d’enquêtes nationales représentatives du Danemark et de la France (INCA 2) avec un régime alimentaire de 7 jours, en Italie avec un régime alimentaire de 3 jours et en République tchèque avec deux répétitions d’un rappel de 24 heures. Les apports alimentaires et nutritionnels standardisés sur l’énergie ont été calculés pour chaque sujet à partir de la moyenne de deux jours sélectionnés au hasard.
Résultats
Il existait une variabilité géographique nette des consommations alimentaires, avec une fourchette de consommation moyenne de fruits de 118 à 199 g/jour, de légumes de 95 à 239 g/jour, de poisson de 12 à 45 g/jour, de produits laitiers de 129 à 302g/jour, de boissons sucrées de 48 à 224 ml/jour, et d’alcool de 8 à 15 g/jour, avec des apports plus élevés en Italie pour les fruits, légumes et poissons, et au Danemark pour les produits laitiers, les boissons sucrées et l’alcool. Dans tous les pays, les apports étaient faibles pour les légumineuses (< 20 g/jour) et les noix et les graines (< 5 g/jour), mais élevés pour les viandes rouges et viandes transformées (> 80 g/jour). Dans les pays, la consommation de viande rouge et de viande transformée était plus faible pour les personnes âgées et les femmes dans les quatre pays, sauf en Italie pour les sujets les plus instruits et en République tchèque et en France pour les sujets sans surpoids. Les consommations de viandes blanches étaient nettement inférieures à celles des viandes rouges et viandes transformées, qui représentaient entre 70 et 80 % de la consommation totale de viande dont principalement de la viande rouge au Danemark, en Italie et en France, et des viandes transformées en République tchèque. Dans tous les pays, les apports alimentaires varient également en fonction de facteurs socio-économiques, tels que l’âge, le sexe et le niveau d’éducation, mais peu en fonction du surpoids. Concernant les nutriments, les apports étaient faibles pour les fibres alimentaires (15,8-19,4 g/jour) et la vitamine D (2,4-3,0 μg/jour) dans tous les pays, pour le potassium (2288-2938 mg/jour) et le magnésium (268-285 mg/jour) sauf au Danemark, pour la vitamine E au Danemark (6,7 mg/jour) et pour le folate en République tchèque (212 μg/jour). Les apports moyens étaient élevés pour les protéines (67,1-83,5 g / jour) et le fer (9,1-12,4 mg / jour) dans tous les pays analysés.
En conclusion, il existe des variations considérables des apports alimentaires et nutritionnels en Europe, non seulement entre les pays, mais également au sein des pays. Les données alimentaires au niveau individuel donnent un aperçu de l’hétérogénéité des habitudes alimentaires au-delà des données sur l’approvisionnement alimentaire par habitant, ce qui est essentiel pour concevoir des régimes alimentaires sains et respectueux de l’environnement pour les citoyens européens.
Référence : Mertens E, Kuijsten A, Dofková M, Mistura L, D’Addezio L, Turrini A, Dubuisson C, Favret S, Havard S, Trolle E, Van’t Veer P, Geleijnse JM. Geographic and socioeconomic diversity of food and nutrient intakes: a comparison of four European countries. Eur J Nutr. 2018 Mar 28.
À voir aussi
-
Conso et société9 février 2026Produits animaux et transition alimentaire : l’Académie d’Agriculture opposée à une réduction trop drastique et à un modèle unique
Le 26 novembre 2025, l’Académie d’agriculture de France a organisé une séance sur le rôle des produits animaux dans l’alimentation humaine, croisant données nutritionnelles (besoins en protéines et micronutriments), analyses environnementales et approches socio‑culturelles. Tout en reconnaissant souhaitable une réduction modérée de la consommation de viande, les intervenants ont exprimé leur réserve quant à une… -
Conso et société9 février 2026Végétalisation de l’alimentation : pourquoi le récit dominant ne tient pas face aux réalités du terrain (Article de synthèse)
À l’heure où la réduction drastique de la viande est souvent présentée comme une évidence sanitaire et climatique, le webinaire « Végétalisation, pourquoi ça coince ? », organisé par Planet Score et le fonds de dotation Solid Grounds, propose une lecture radicalement différente. En croisant données de consommation, agronomie, climat, nutrition et géopolitique alimentaire, les intervenants… -
Conso et société9 février 2026Régime EAT‑Lancet : un régime planétaire sous haute tension
Dans sa newsletter parue mi-novembre 2025, destinée aux professionnels de santé, l’Institut Européen de Diététique et de Micronutrition (IEDM) revient sur les principaux reproches adressés au régime EAT‑Lancet : fondation essentiellement observationnelle, standardisation peu compatible avec l’hétérogénéité métabolique (risque d’insulinorésistance avec une part très élevée de glucides) et risque de carences en nutriments clés (vitamine B12,…