Demain tous végans ? (Article de synthèse)

La Fondation pour l’innovation politique publie une étude sur la contestation animaliste radicale, rédigée par Eddy Fougier, spécialiste des mouvements protestataires. Ce travail publié en janvier 2019 revient sur les évolutions survenues dans les mouvements de défense de la cause animale et sur leur impact sur la société française actuelle.
La contestation animaliste radicale, tel est le titre d’un document signé par Eddy Fougier, spécialiste des mouvements protestataires, et que vient d’éditer la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol).
De la SPA à L-214, l’émergence d’un animalisme radical
Au cours des deux dernières décennies, le monde des associations de protection animale a beaucoup évolué, avec notamment la montée en puissance d’un « animalisme radical » incarné par des courants de pensée, des individus et des groupes. Or, ceux-ci ne militent plus seulement en faveur de l’amélioration des conditions de vie des animaux, mais aussi pour la fin de toute forme d’exploitation des animaux ce qui, de leur point de vue, implique entre autres la fin de l’élevage en France.
Dans un contexte de défiance sanitaire vis-à-vis de la viande (crise de la vache folle, classement des produits carnés transformés en substances cancérogènes par l’OMS…), on a pu observer l’émergence de nouveaux mouvements (antispécistes, végans…), dont le plus connu en France est l’association L-214, ainsi que de nouveaux modes d’action (diffusion de vidéos à charge contre l’industrie de la viande, actes de vandalisme et d’intimidation visant des boucheries et d’autres commerces…).
Alors qu’au début des années 2000, seuls quelques initiés connaissaient la signification du terme végan, leur parole est aujourd’hui relayée par de nombreux médias, leur permettant d’exercer une influence significative auprès d’une partie de la population.
Des végans encore très minoritaires et plutôt impopulaires
Pourtant, les végans restent très minoritaires en France : bien qu’il soit difficile d’évaluer leur nombre, la proportion de personnes sondées se disant véganes s’élevait à 0,4 % selon une enquête réalisée en 2017 ; un nombre en augmentation ces dernières années (1).
Tirant activement profit des réseaux sociaux et des tribunes télés et radios qui leur sont offertes pour exprimer et défendre leurs idées, les végans bénéficient d’une résonnance médiatique sans commune mesure avec leur poids réel dans la société. En 2018, 59 % des Français interrogés dans le cadre d’une enquête CSA estimaient d’ailleurs que les médias leur accordent trop d’attention ; 85 % des sondés s’opposaient à l’interdiction de l’élevage, et 69 % disaient ne pas faire confiance aux informations diffusées par les associations militantes véganes (2). Au pays du foie gras et du fromage, ce mouvement ne remporte donc pas encore une franche adhésion…
L’influence non négligeable d’une minorité « consistante »
Néanmoins, les animalistes radicaux, dont les végans, incarnent parfaitement ce que les sociologues appellent une « minorité consistante », c’est‑à‑dire qui ne change pas de position dans le temps. Or, les sociologues ont déterminé qu’à partir du moment où une croyance minoritaire est défendue de manière inconditionnelle par 10 % de la population, cette croyance sera systématiquement adoptée par la majorité de la société.
Si l’on considère que les végans représentent 0,4 % des Français, on est encore bien loin d’atteindre ce seuil de 10 %. Cependant, 15 % des Français interrogés se disent favorables à l’interdiction de l’élevage, et 11 % s’estiment tout à fait prêts à remplacer toutes les protéines animales par des protéines végétales dans leur alimentation (2).
Les 18-24 ans représentent une des populations les plus sensibles à la cause animale et au discours végan, auquel ils adhèrent plus facilement que la moyenne des Français. Cependant, la sensibilité n’exclut pas la contradiction, puisque les jeunes adultes constituent parmi les plus gros consommateurs de produits carnés en France, et que leurs modes de consommation, s’émancipant de toute forme de contrainte, semblent peu compatibles avec le véganisme actif !
Notons enfin que les Français semblent de plus en plus préoccupés par les conditions de production des denrées carnées (bien-être animal, impact de l’élevage sur l’environnement…) et que leur consommation de viande s’est érodée au cours des dix dernières années. Néanmoins, si les discours végans séduisent environ 15 % de nos concitoyens, leur aspect moralisateur pourrait avoir l’effet inverse de celui escompté, notamment sur une population qui tolère assez mal qu’on lui dise comment se comporter ou se nourrir.
Qu’est-ce que Fondapol ?
Références des enquêtes citées
Source : Fondapol.
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