Viande et Cancer : Un point de vue

CONTEXTE ET OBJECTIF : Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme ainsi que la seconde cause de décès par cancer. Il est important d’identifier les facteurs de risque possibles de cette maladie. La consommation excessive de viande rouge est évoquée comme l’un des acteurs de risque de certains cancers. Les chercheurs ont donc souhaité évaluer le risque relatif de cancer du sein potentiellement associé avec la consommation de viande rouge et de viandes transformées (c’est à dire ce qui se rapproche en France à la charcuterie) en tenant compte du statut hormonal de la femme (ménopause) et du type de cancer (hormono-dépendance) ainsi que du génotype NAT2.
METHODOLOGIE : Les chercheurs ont fait des recherches dans les bases de données MEDLINE et EMBASE jusqu’en janvier 2018 pour trouver des études prospectives faisant état de l’association entre la consommation de viande rouge (non transformée), de viande transformée (charcuterie) et de viande rouge totale (les deux) et l’incidence du cancer du sein. Le risque relatif ajusté en fonction de variables multiples (RR) a été combiné en comparant la catégorie de consommation de viande rouge (non transformée) et de viande transformée la plus élevée à celle la plus faible au moyen d’une méta-analyse à effet aléatoire.
RESULTATS : Les chercheurs ont identifié 13 études de cohorte, 3 études cas-témoins et 2 études cliniques. Le suivi allait de 1,9 ans à 20 ans et concernait entre 491 et 319 826 femmes. Au total, 1 133 110 femmes dont 33 493 cas de cancer du sein ont été incluses dans la méta-analyse : 1 254 452 femmes (37 070 cas de cancer) concernant les viandes transformées (15 études) et 531 722 femmes (21 123 cas de cancer) concernant la viande rouge totale (7 études). Sur les 18 études, 8 étaient Nord-Américaines, 9 européennes et 1 japonaise. En comparant la catégorie la plus élevée à la catégorie la plus faible, la consommation de viande rouge (non transformée) était associée à un risque de cancer du sein de 6 % plus élevé (RR=1,06 ; IC95%:0,99-1,14 ; I2 = 56,3 %). La consommation de viande transformée était associée à un risque de cancer du sein augmenté de 9 % (RR=1,09 ; IC 95 % : 1,03-1,16 ; I2 = 44,4 %). Dans les deux études cas-témoins évaluant l’association entre la viande rouge et le cancer du sein stratifiée selon le génotype N-acétyltransférase 2 acétylateur, les chercheurs n’ont observé aucune association entre les acétylateurs de N-acétyltransférase 2 rapides (RR=1,18 pour 25 g/jour; 95 % IC, 0,93-1,50) ou lents (RR=0,99 pour 25 g/jour; 95 % IC, 0,91-1,08). Le statut ménopausique n’avait pas d’influence sur la relation entre l’incidence du cancer et la consommation de viande rouge mais avec la consommation de viandes transformées. Le statut hormonal des tumeurs n’avait pas d’influence non plus.
CONCLUSION : Cette méta-analyse et revue rapportent une association observée positive et significative entre la consommation élevée de viandes rouges transformées, c’est-à-dire ce qui se rapproche en France, de la charcuterie, et l’augmentation du risque de cancer du sein. Cette association n’est significative que chez les femmes post-ménopausées. En revanche, ils n’observent pas d’association avec la consommation de viande rouge, même élevée parmi les femmes selon leur génotype NAT2. Ils suspectent les nitrates et nitrites, le fer héminique et les graisses saturées d’être impliqués en termes de mécanismes. Concernant l’absence de relation significative entre la consommation de viande rouge et l’incidence du cancer du sein, les chercheurs évoquent la possible mauvaise classification des viandes selon qu’elles sont transformées ou non pour expliquer que les études à court suivi (sous-entendu les plus récentes) trouvent une relation forte tandis que les études avec un long suivi (les plus anciennes) n’en trouve pas.
Source : Consumption of red and processed meat and breast cancer incidence: a systematic review and meta-analysis of prospective studies. Farvid MS, Stern MC, Norat T, Sasazuki S, Vineis P, Weijenberg MP, Wolk A, Wu K, Stewart BW, Cho E. Int J Cancer. 2018 Sep 5.
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