Politiques alimentaires : les risques d’une sémantique simplificatrice et d’une approche technocratique teintée d’idéologie (TRADUCTION)
Dans cet article publié le 26 septembre 2025, soit quelques jours avant la sortie du nouveau rapport EAT-Lancet, quatre experts européens, dont le Pr Frédéric Leroy, expert en sciences des aliments à l’Université libre de Bruxelles, alertent sur les risques d’une approche technocratique déconnectée des réalités agronomiques, culturelles et nutritionnelles. Cet article analyse comment la sémantique employée autour de la “viande” façonne les politiques publiques et peut conduire à des diagnostics simplifiés, voire erronés. En revenant sur l’évolution historique des systèmes alimentaires et sur les écueils documentés des interventions dirigistes, il examine les limites du modèle EAT-Lancet – qui préconise une réduction drastique des produits animaux -, ainsi que les enjeux liés aux alternatives technologiques encore peu éprouvées. Il met enfin en perspective des propositions alternatives, telles que la Déclaration de Dublin et l’Appel de Denver, qui plaident pour une réforme fondée sur la complexité réelle des systèmes alimentaires et la diversité des besoins humains.
En tant que système le plus complet jamais conçu, la production alimentaire mondiale est au cœur de l’existence humaine. La nécessité universelle de tirer profit de ce système, combinée à sa forte dépendance vis-à-vis des ressources naturelles et humaines, a suscité une attention accrue de la part des gouvernements et de la société civile.
Des industries ‘vegan-tech’ pour combler les carences nutritionnelles
Cet article présente un aperçu de la manière dont les systèmes alimentaires ont co-évolué avec les sociétés humaines depuis la préhistoire jusqu’à aujourd’hui, ainsi qu’un résumé des théories sur la manière d’influencer (ou de ne pas influencer) des systèmes complexes, illustré par des exemples de transitions imposées par les technocrates qui ont abouti à des résultats désastreux. Il convient d’être sceptique à l’égard d’une nouvelle vague de coalitions influentes et dotées de ressources importantes qui tentent de réformer de manière agressive le système alimentaire par des politiques interventionnistes. L’une de ces initiatives est la « Grande transformation alimentaire » de la Commission EAT-Lancet. Sur la base d’un modèle de régime alimentaire planétaire, ce groupe préconise une réduction drastique de la consommation de viande rouge et d’autres aliments d’origine animale. Les industries vegan-tech sont appelées à combler en partie les carences nutritionnelles qui en résultent en promouvant des alternatives végétales (substituts de viande et produits laitiers artificiels) et des technologies novatrices (e.g. viande cultivée, fermentation de précision), des solutions qui n’ont pas encore fait leurs preuves à grande échelle et qui sont largement rejetées par les marchés actuels.
Revenir au rôle sociétal de l’élevage
Dans leur sillage, des experts autoproclamés en systèmes alimentaires, souvent influencés par le malthusianisme et les idéologies écotopiques, ne parviennent pas à saisir l’imprévisibilité et la complexité des systèmes alimentaires, ce qui conduit à des simplifications excessives, à des politiques malavisées et à des dommages sociaux involontaires. Leur préférence pour la planification centralisée et les plans directifs limite les libertés individuelles et sociétales qui seraient les véritables leviers d’amélioration éprouvés. Une voie alternative, plus conforme à la théorie des systèmes productifs, est incarnée par la Déclaration de Dublin sur le rôle sociétal de l’élevage, l’Appel à l’action de Denver (voir article « Déclaration de Dublin et Appel de Denver : vers une reconnaissance du rôle clé de l’élevage ») et le concept de ‘Nourishment Table’. Ensemble, ces initiatives fixent les limites de la réforme agricole et des recommandations alimentaires en replaçant l’humain au centre du débat.
Référence : Leroy, F., Ederer, P., Lee, M. R. & Pulina, G., (2025). The Systemantics of Meat in Dietary Policy Making, or How to Professionally Fail at Understanding the Complexities of Nourishment. Meat and Muscle Biology 9(1): 20155, 1-25.
Source : Meat and Muscle Biology
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