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Changement d’usage des sols et émissions de gaz à effet de serre

Une récente étude publiée dans Natureen décembre 2018 propose un nouvel index pour appréhender l’impact d’un changement d’usage des sols sur les émissions nettes de gaz à effet de serre et souligne l’importance de penser « global ».

Tout changement dans l’usage des sols impacte directement les émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) de la parcelle en question. En effet, l’usage des sols influe à la fois sur le stockage du carbone dans le sol et sa végétation (une forêt stocke davantage qu’une culture), et sur les émissions liées à la production (une production intensive émet davantage à l’hectare qu’une production extensive). Ce sont d’ailleurs souvent ces deux facteurs qui sont pris en compte lorsque l’impact d’un changement d’usage des sols sur les émissions de GES est évalué.

L’impact indirect du changement d’usage des sols

Pourtant, il existe également un impact indirect. Quand on décide de replanter des arbres sur une ancienne pâture par exemple, il faudra produire ailleurs ce qui n’est plus produit là ; et cette production ailleurs est inévitablement liée à de nouvelles émissions de GES. C’est en tout cas l’hypothèse prise par les auteurs d’une récente étude parue dans Nature: à demande constante, le changement d’usage d’une terre induit un autre changement ailleurs. De là, les auteurs proposent un nouvel index pour évaluer l’impact d’un changement d’usage des sols sur les émissions nettes de GES, prenant en compte les émissions nettes induites directement et indirectement. « Cet index – baptisé « Carbon benefits index » – permet de compléter utilement les études menées localement sur des changements d’usage des terres, en permettant d’appréhender aussi les répercussions à plus large échelle », commente Patrice Dumas, chercheur au Cirad et co-auteur de l’étude.

De l’importance de penser global

Augmenter le rendement d’une production sur une parcelle par exemple, c’est certes augmenter les émissions nettes de GES de cette parcelle (car plus d’intrants et/ou plus d’animaux à l’hectare, etc.), mais c’est aussi du coup pouvoir en « soulager » une autre, par exemple en y replantant des arbres. En appliquant leur indicateur sur une étude brésilienne, les auteurs montrent ainsi que l’augmentation de rendement d’un pâturage peut apporter de réels bénéfices en termes d’émissions globales de GES (car pour produire la même quantité de viande, on a alors besoin de moins de surface). A contrario, réduire le rendement d’une parcelle (en la passant en agriculture bio par exemple) peut s’avérer négatif en termes d’émissions nettes globales de GES car cela augmente le besoin en terres agricoles.

Un « mieux » ici peut entraîner un « pire » là-bas

Comme dans toute étude, plusieurs hypothèses sous-tendent la méthode de calcul appliquée, qui de fait, présente forcément des limites. Et comme toute étude focalisée sur les GES, elle ne doit pas faire oublier les autres facteurs importants à prendre en compte dans l’évaluation d’un impact environnemental : biodiversité, paysages, santé, économie des territoires,etc. Elle a néanmoins le mérite de souligner l’importance de réfléchir les changements d’usage des sols de manière globale et non seulement à l’échelle locale. Car un « mieux » ici peut entraîner un « pire » là-bas avec, au final, une balance négative pour la planète.

Référence : Searchinger T. et al. Assessing the efficiency of changes in land use for mitigating climate change. Nature.

Source : Cirad.

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