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Affichage environnemental – Lettre ouverte au Premier Ministre

Lettre ouverte à Sébastien Lecornu, Premier ministre

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Affichage environnemental :
la transition écologique ne peut pas se faire contre l’élevage herbager français

Paris, le 13 mai 2026

Monsieur le Premier ministre,

Depuis cinq ans, les éleveurs français participent aux travaux engagés autour de l’affichage environnemental des produits alimentaires. Ils ont accepté qu’un débat complexe soit ouvert sur la manière d’évaluer l’impact environnemental de notre alimentation. Ils y ont pris part avec sérieux, convaincus qu’un tel outil pouvait permettre de mieux éclairer les consommateurs et de mieux reconnaître les efforts engagés par les filières agricoles françaises.
Car l’agriculture ne peut être évaluée comme une production industrielle. Les systèmes d’élevage herbagers français ne produisent pas uniquement de la viande bovine. Ils façonnent des paysages, entretiennent des prairies permanentes, stockent du carbone, participent à la biodiversité et font vivre des territoires entiers. Cette réalité ne peut être réduite à la seule mesure des émissions directes.
C’est précisément ce qu’INTERBEV défend depuis le début des travaux engagés autour de l’affichage environnemental. En créant ce dispositif dans le cadre de la loi Climat et Résilience, le législateur avait souhaité construire un outil capable de mieux prendre en compte l’ensemble des enjeux environnementaux liés aux systèmes agricoles, au-delà des seules émissions directes. La méthode actuelle intègre désormais certaines externalités positives de l’élevage, là où d’autres approches, réduites à un simple score carbone, les ignorent totalement. Cette évolution constitue une avancée. Mais elle demeure aujourd’hui insuffisante.
Car ces externalités positives restent plafonnées dans leurs effets. Entretien des prairies et des haies essentielles à la biodiversité, contribution à la diversité culturales des territoires et à la connectivité des habitats pour la faune : tous ces bénéfices environnementaux ne peuvent représenter plus de 30 % du score final. Un seuil fixé de manière arbitraire, sans véritable débat sur ses conséquences agricoles, territoriales et économiques, alors même que certains aspects restent encore non couverts par cette méthodologie : contribution à la fertilité des sols via les engrais organiques, pertes des habitats liés à la déforestation importée.
Derrière ce choix méthodologique se dessine en réalité une orientation politique lourde de conséquences : celle de considérer que les systèmes d’élevage herbagers français, pourtant parmi les plus extensifs, ne pourront jamais être pleinement reconnus pour leur contribution environnementale globale.

Le résultat est désormais connu.
Un boeuf français nourri à l’herbe, élevé sur des prairies qui stockent du carbone et préservent la biodiversité, obtient aujourd’hui un moins bon score environnemental qu’un poulet importé produit à des milliers de kilomètres d’ici, nourri au soja issu de la déforestation et produit dans des conditions incompatibles avec les exigences de la France.
Une telle hiérarchie est incompréhensible. Elle revient à expliquer que des modèles d’élevage herbagers français, pourtant au coeur des objectifs de transition agroécologique et de souveraineté alimentaire, seraient moins durables que des importations produites dans des conditions que la France refuse elle-même sur son territoire. Cette logique entre également en contradiction directe avec les ambitions portées par les pouvoirs publics : relocalisation des approvisionnements, maintien des prairies, autonomie protéique et limitation des importations d’engrais minéraux, lutte contre les importations ne respectant pas les mêmes exigences de production et transition agroécologique. Un affichage environnemental conçu pour guider les consommateurs vers des choix plus durables ne peut pas conduire, dans les faits, à fragiliser les systèmes d’élevage français les plus ancrés dans les territoires et les plus engagés dans les transitions.
Monsieur le Premier ministre, la crédibilité de l’affichage environnemental dépendra de sa capacité à refléter fidèlement la réalité des systèmes agricoles français. Tant qu’un élevage herbager français restera moins bien classé qu’un poulet importé ne respectant pas les mêmes exigences environnementales, sanitaires et territoriales, cet outil ne pourra prétendre répondre pleinement à l’objectif qui lui est assigné : orienter les consommateurs vers des choix alimentaires réellement durables.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération.

Jean-François GUIHARD,
Président d’INTERBEV