Actualités - 8 juillet 2021

Affichage environnemental : UN AUTRE SYSTEME DE NOTATION EST POSSIBLE

L’EXPERIMENTATION D’INTERBEV DEMONTRE QU’UN AUTRE SYSTEME DE NOTATION EST POSSIBLE.
L’INTERPROFESSION DEMANDE AUX POUVOIRS PUBLICS DE PROLONGER LES TRAVAUX POUR ABOUTIR A UN « SCORE ENVIRONNEMENTAL » FIABLE !

Dans le cadre de l’expérimentation prévue par la loi AGEC et après plusieurs mois de travail avec ses partenaires techniques et scientifiques, le cabinet de conseil EVEA, l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) et l’IDELE (Institut de l’élevage), INTERBEV, l’Interprofession Elevage et Viande, a rendu le 1er juillet 2021 à l’ADEME, son « Rapport d’expérimentation d’un affichage environnemental pour la filière des viandes rouges ».
L’objectif des travaux : participer à la construction d’un « score environnemental officiel » en proposant une méthode de notation alternative à l’ACV seule, prenant en compte les impacts positifs des systèmes d’élevage herbagers autonomes et pâturants et répondant aux attentes des consommateurs comme aux préoccupations des ONG.
Alors que les résultats de l’ITAB démontrent les biais de l’ACV et les lacunes d’Agribalyse et que nos travaux respectifs convergent vers la faisabilité d’un affichage plus juste, INTERBEV demande aux pouvoirs publics de prolonger et d’approfondir les travaux pour aboutir à une base de données environnementales corrigée et complète ainsi qu’à un score environnemental officiel et fiable, plutôt qu’un affichage environnemental erroné basé principalement sur l’ACV.

Les travaux menés par INTERBEV dans le cadre de l’expérimentation poursuivent un double objectif :

  • Proposer un système d’évaluation qui intègre les principaux impacts négatifs ou positifs de la production de viande rouge liés à l’herbe tels que les services rendus par l’élevage en matière de biodiversité, de stockage du carbone, d’entretien des paysages… tout en tenant compte des principales attentes des consommateurs et ONG environnementales en matière d’élevage ;
  • Valoriser les bonnes pratiques des élevages et des entreprises afin de favoriser l’éco-conception.

6 enjeux clés ont été identifiés en concertation avec les ONG de protection de l’environnement 

Dans le cadre de l’expérimentation, INTERBEV a organisé des concertations avec plusieurs ONG de protection de l’environnement (ONGE) afin de dialoguer sur les objectifs essentiels à prendre en compte pour évaluer la durabilité d’un élevage et les intégrer à la notation environnementale.

Les ONGE ont notamment rappelé qu’« au regard des méthodes et données disponibles liées à l’ACV, un affichage environnemental construit uniquement sur cette base serait contreproductif pour les systèmes de production vertueux. L’affichage doit être établi sur des critères quantitatifs et qualitatifs traduisant la complexité des systèmes vivants ».

6 enjeux à prioriser selon les ONGE :

  • La valorisation de l’herbe et la diminution de la concurrence avec l’alimentation humaine
  • La préservation et le renforcement des infrastructures agroécologiques ;
  • L’autonomie des systèmes (lutte contre la déforestation importée, autonomie protéique des fermes, valorisation de la protéine locale) ;
  • L’atténuation du changement climatique et la réduction des émissions de GES ;
  • L’augmentation du stock de carbone ;
  • L’absence d’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse.

Par ailleurs, les ONGE recommandent, pour que l’affichage soit complet, de considérer des enjeux supplémentaires de durabilité de l’élevage avec notamment le bien-être animal dans le choix des critères et dans la pondération.

Les travaux d’INTERBEV démontrent qu’un autre système de notation est nécessaire et possible

Le projet d’expérimentation mené par INTERBEV et les travaux approfondis de l’ITAB appuient scientifiquement les premiers constats sur les limites de l’ACV et d’Agribalyse. Ces travaux révèlent des lacunes, erreurs et incertitudes méthodologiques faussant le classement des produits issus du vivant et amènent à la conclusion que l’ACV et Agribalyse ne peuvent légitimement pas servir de socle pour l’affichage environnemental des produits issus de l’élevage.

Par ailleurs, les scénarios mis en oeuvre par EVEA-IDELE démontrent la faisabilité et la pertinence d’indicateurs et d’une méthodologie alternative à l’ACV seule, qui intégreraient mieux les impacts positifs de la production de viande (rôle de l’herbe, services environnementaux et territoriaux rendus) et les pratiques vertueuses des élevages comme des entreprises, moyennant des travaux de recherche et d’expérimentation complémentaires.

Ces travaux offrent des pistes pour poursuivre l’expérimentation :

  • Les données ACV – présentes notamment dans Agribalyse – doivent être corrigées urgemment, actualisées et enrichies de nouveaux indicateurs prenant en compte les dimensions essentielles à la qualification des viandes rouges (biodiversité, stockage de carbone et qualité des sols) ;
  • Des indicateurs complémentaires (Infrastructures Agroécologiques1, stockage de carbone) doivent s’ajouter à ceux contenus dans la méthodologie ACV afin d’obtenir un système hybride pour donner une vision plus globale et complète des services de production et écosystémiques des systèmes d’élevage ;
  • Un système de bonus valorisant les pratiques les plus vertueuses doit être approfondi et son intégration dans le score final est un enjeu majeur pour favoriser l’écoconception dans les filières.

INTERBEV demande aux pouvoirs publics de prolonger et d’approfondir les travaux pour aboutir à un « score environnemental » fiable

Sur la base de ces conclusions, INTERBEV alerte les pouvoirs publics sur la nécessité de prendre le temps de construire une base de données solide et un outil robuste et réaliste de notation avec l’ensemble des parties prenantes.

En effet, les choix technico-scientifiques et politiques qui seront faits vont conditionner l’orientation des systèmes d’élevage français. INTERBEV renouvelle son alerte sur les risques qui pèsent aujourd’hui sur le projet d’affichage et qui pourrait conduire à son échec : risque de confusion voire d’incohérence entre un score et les autres informations disponibles sur le produit (labels, modes de production…) ; risque de décrédibilisation en cas de remise en cause méthodologique et scientifique ; enfin, risque de déception si les informations disponibles ne répondaient pas aux véritables attentes des consommateurs.

INTERBEV demande officiellement aux pouvoirs publics de :

  • Corriger rapidement les données et méthodes mobilisées, notamment sur la base des travaux remis par l’ITAB ;
  • Dépasser les limites de l’ACV avec des indicateurs correctifs ;
  • Organiser un débat avec l’ensemble des parties prenantes autour de l’importance respective des enjeux et indicateurs avant de choisir des modalités de présentation d’un score ou de son agrégation;
  • Lancer une expérimentation de 5 ans telle que prévue par la Loi Climat avant tout déploiement ;
  • Déclarer immédiatement un moratoire concernant l’affichage environnemental basé principalement sur les données d’Agribalyse et de l’ACV.

Enfin, INTERBEV salue l’initiative du Planet-score de l’ITAB et de ses partenaires. Les indicateurs environnementaux et évolutions méthodologiques qui y sont proposés sont en phase avec nos constats et propositions.

 

 1 IAE Infrastructures Agroécologiques : Dans les systèmes agricoles de production, les infrastructures agroécologiques (IAE) sont constituées principalement des haies, bosquets, arbres isolés ou alignés, bandes tampons, prairies gérées de manière extensive, murets, banquettes, mares, vergers de haute tige et de tous les milieux et surfaces qui ne reçoivent aucun apport d’engrais et de pesticides. Elles y assurent un rôle majeur en permettant la protection du sol et de l’eau, y constituent des biotopes favorables à de nombreuses espèces et participent au maintien et à la restauration des continuités écologiques.

 

Tout savoir en lisant le communiqué de presse du 8 juillet 2021