Aller au menu Aller au contenu Aller à la recherche

Nutrition et prévention primaire des cancers : rapport scientifique de l’INCa

L’objectif de ce rapport publié par l’Institut National du Cancer est d’actualiser l’état des connaissances sur les relations observées entre des facteurs nutritionnels et le risque de différents cancers, depuis la publication du rapport WCRF-AICR en 2007. Pour ce faire, il a pris en compte les études (méta-analyses notamment) publiées de 2008 à 2014. En introduction, ce rapport rappelle que le cancer est un problème majeur de santé publique. En 2012, le nombre de nouveaux cas de cancers en France métro­politaine est estimé à 355 000 (200 000 chez l’homme et 155 000 chez la femme), les trois cancers plus fréquents étant chez l’homme, celui de la  pros­tate, du poumon et le cancer colorectal ; chez la femme, le cancer du sein, le cancer colorectal et celui du poumon. En termes de nombres de décès (148 000 en 2012), les 3 premiers cancers par ordre d’importance sont le cancer du poumon, le cancer colorectal et celui de la prostate pour les hommes ; le cancer du sein, celui du poumon et le cancer colorectal pour la femme. Si entre 1980 et 2012, le taux d’incidence des cancers a augmenté du fait notamment d’une meilleure détection, cette tendance tend à s’inverser depuis 2005. Le taux de mortalité a quant à lui diminué de 1980 à 2012. Méthodologie La bibliographie prise en compte depuis les publications du WCRF-AICR, comporte 131 méta-analyses et analyses poolées concernant au total 27 localisations de cancer différentes et 6 essais d’intervention fournissant des informations pour 13 localisations. La viande rouge, regroupée avec les charcuteries (viandes rouges transformées dans les études publiées en anglais) fait partie des 10 facteurs nutritionnels considérés : fruits et légumes, viandes rouges et charcuteries, produits laitiers, fibres alimentaires, sel et aliments salés, boissons alcoolisées, compléments alimentaires à base de bêtacarotène, activité physique, surpoids-obésité et allaitement. Au total, ce sont près de 150 relations entre les 10 facteurs nutrition­nels considérés et le risque de diverses localisations de cancer (ex : prostate, poumon, pancréas, colon-rectum, sein, etc.) qui ont été examinées par le groupe de travail. Pour chacune, le rapport conclut à une augmentation ou à une diminution du risque de ces cancers et qualifie le niveau de preuve de cette relation de « non concluant », « suggéré », « probable » ou « convaincant ». Résultats Les facteurs étudiés sont considérés comme facteurs de risque ou comme facteurs protecteur d’un cancer donné à partir du moment où le niveau de preuve de la relation avec le risque de ce cancer est défini comme « convaincant » ou « probable ». Sont considérés comme facteurs protecteurs :

  • l’activité physique pour les cancers du côlon (convaincant), du poumon (probable), du sein (chez la femme) (probable) et de l’endomètre (probable) ;
  • les fruits et légumes pour les cancers des VADS (bouche, pha­rynx, larynx et oesophage) (probable) et de l’estomac (probable), les fruits (pas les légumes) pour le cancer du poumon (probable).
  • les fibres alimentaires pour le cancer du côlon-rectum (convaincant) et du sein (chez la femme) (probable) ;
  • les produits laitiers pour le cancer colorectal (probable) ;
  • l’allaitement pour le cancer du sein (chez la femme) (convaincant).

 Sont ainsi considérés comme facteurs de risque :

  • les boissons alcoolisées pour les cancers des voies aérodigestives (VADS : bouche, pharynx, larynx et oesophage) (convaincant), du côlon-rectum (convaincant pour l’homme ; probable pour la femme), du foie (probable) et du sein (chez la femme) (convaincant) ;
  • le surpoids et l’obésité pour les cancers de l’œsophage (convaincant), du pancréas (convaincant), du côlon-rectum (convaincant), du sein (après la ménopause) (convaincant), de l’endomètre (convaincant), de l’ovaire (probable), du rein (convaincant), de la vésicule biliaire (probable), du foie (probable), de la prostate au stade avancé (probable) et des lignées hématopoïétiques (lymphome hodgkinien et non hodgkinien, leucémie, myélome multiple) (probable) ;
  • les viandes rouges et charcuteries pour le cancer du côlon-rectum (convaincant) ; NB : Le terme de « viandes rouges » correspond à la définition internationale utilisée dans les publications scientifiques, c’est à dire à l’ensemble des viandes de bœuf, veau, agneau, cheval et autres (chèvre, mouton, etc.). Il peut selon les études inclure ou non la part de ces viandes présentes dans les plats composés, sandwichs, etc. Les « charcuteries » sont les viandes conservées par fumaison, séchage, salage. Dans la définition internationale, elles correspondent à la catégorie des « viandes rouges transformées » qui intègre, en plus, les viandes en conserve.
  • le sel et les aliments salés pour le cancer de l’estomac (probable) ;
  • les compléments alimentaires à base de bêtacarotène à forte dose (> 20 mg/jour de bêtacarotène), pour les cancers du pou­mon et de l’estomac, en particulier chez les fumeurs et les sujets exposés à l’amiante (convaincant).

Conclusion : Selon le rapport, ces résultats confirment les objectifs prioritaires en matière de prévention nutritionnelle des cancers pour la population Française :

  • Réduire la consommation de boissons alcoolisées.
  • Avoir une alimentation équilibrée et diversifiée en évitant de recourir aux compléments alimentaires. Cela regroupe plusieurs facteurs alimentaires considérés comme augmentant le risque (consommation excessive de viande rouge et de charcuterie, sel et aliments sels, compléments à base de bêtacarotène) ou réduisant le risque (produits laitiers, fruits et légumes et fibres alimentaires).
  • Pratiquer une activité physique.
  • Promouvoir l’allaitement (femmes enceintes).

Les résultats mettent également en lumière, pour les niveaux de preuve qualifiés de « suggéré » ou « non concluant » dans ce rapport, que des recherches s’avèrent encore nécessaires pour consolider les connaissances vis-à-vis de ces associations : Focus sur la partie du rapport consacrée aux « viandes rouges et charcuteries » : L’ INCa rappelle les chiffres de consommation de viande « rouge » (selon la définition large présentée ci-dessus) en France : en 2006, ¼ de la population consommait 500 g ou plus de viande « rouge » par semaine et plus d’1/4 de la population consommait 50 g ou plus de charcuterie par jour.  Le seuil de 500 g par semaine (viande cuite, soient 700-750 g de viande crue) correspond à la limitation  recommandée par les rapports du WCRF-AICR 2007 et 2011. L’association avec l’augmentation du risque de cancer est jugée comme convaincante pour le cancer colorectal. A cet égard, le rapport site le 2 méta-analyses publiées en 2011 (celle de Chan [1] qui prend en compte 11 études de cohortes et celle d’Alexander [2] qui en inclut 25) :

  • Selon Chan, 2011, pour 100 g de plus par jour de viandes rouges et de charcuterie, le risque de cancer colorectal augmente de 14 %. L’augmentation est de 17 % pour les viandes rouges seules et de 18% pour les charcuteries seules (pour une augmentation de 50 g/jour)).
  • Selon Alexander : les consommations de viandes rouges les plus élevées comparées aux plus faibles sont associées à une augmentation de 12 % du risque de cancer colorectal.

Pour les autres cancers, l’association entre les consommations élevées de viandes rouges est jugée « non concluante » ou « suggérée » :

  • Non concluante pour les cancers de l’œsophage, de la prostate, du rein, de l’endomètre et l’ovaire
  • Suggérée pour les cancers du poumon, du pancréas, de la vessie, du sein.

Les  relations entre la consommation de charcuterie et le risque des autres cancers sont considérées comme :

  • Non concluantes pour les cancers du poumon, de l’œsophage, la prostate, la vessie, du rein, de l’ovaire et l’endomètre.
  • Suggérées pour les cancers du pancréas, de l’estomac, du sein.

Enfin, le rapport rappelle que les mécanismes pouvant expliquer pourquoi les consommations de viandes rouges et/ou de charcuteries sont associées à une aug­mentation du risque de cancer dans plusieurs localisations ne sont pas clairement définis. Plusieurs hypothèses sont retrouvées dans la littérature :

  • Les composés néoformés au cours de la cuisson tels que les amines hétérocycliques (AHC), les hydrocar­bures aromatiques polycycliques (HAP) et des composés N-nitro­sés (NOC) générés à partir de viandes rouges et charcuteries. En outre, les personnes por­teuses de certains polymorphismes génétiques concernant les enzymes de phase I [cytochrome P450 (CYP) 1A2 et CYP1B1] et enzymes de phase II [sulfotransférases (SULT) et N-acétyltransférases (NAT)] seraient particulièrement sensibles à l’effet des AHC et HAP dans la cancérogenèse colorectale.
  • Le fer héminique qui agirait par deux voies : la peroxydation des lipides produisant des alcénals géno­toxiques et cytotoxiques, ainsi que la nitrosation aboutissant à la production de NOC.
  • Pour les charcuteries, il semble que les nitrates et nitrites utilisés durant le procédé de fabrication jouent également un rôle dans la carcinogénèse en favorisant la formation des NOC.
  • Pour les autres localisations, ces mécanismes restent plausibles même s’ils n’ont pas été étudiés de manière expérimentale.

Commentaires : Tout comme pour les rapports du WCRF-AICR, celui-ci constitue une référence en matière de prévention. Il faut toutefois garder en tête les principales limites pour en interpréter correctement les conclusions :

  • L’importance de prendre en compte le régime alimentaire dans sa globalité et non pas une catégorie d’aliment de façon isolée. Comme le précise le rapport, les relations entre facteurs nutri­tionnels et risque de cancer y ont été examinées facteur par facteur. Cette approche permet de faire le point des connaissances pour un facteur donné. Cependant, elle ne rend pas compte de l’inte­raction possible (synergies, antagonismes) entre plusieurs fac­teurs, que ce soient des aliments ou des nutriments, au sein de l’alimentation telle qu’elle est consommée par les individus.
  • La grande variabilité entre les études en termes de taille de populations, de durée de suivi, etc.
  • L’hétérogénéité des définitions dans les différentes études et selon les pays pour les viandes considérées comme viandes rouges, viandes blanches ou encore viandes transformées/charcuteries,
  • Les différences entre les fréquences et les quantités de viandes consommées considérées et la difficulté de quantification précise de ces consommations.

[1] Chan DSM, Lau R, Aune D, Vieira R, Greenwood DC, Kampman E, et al. Red and Processed Meat and Colorectal Cancer Incidence: Meta-Analysis of Prospective Studies. Plos One. 2011;6(6):e20456.

[2] Alexander DD, Weed DL, Cushing CA, Lowe KA. Meta-analysis of prospective studies of red meat consumption and colorectal cancer. European Journal of Cancer Prevention. 2011;20:293-307.

Article 13/59 du dossier "Viande, alimentation et cancer"

Accéder au dossier

Contact Info-Veille Scientifique