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Comment juger ce qui peut favoriser la survenue de cancer ? La controverse sur la consommation de viande

Dans cet éditorial de l’International Journal of Cancer-Feb 25, deux chercheurs américains reviennent sur la Monographie du CIRC (vol 114), dont les conclusions ont pu paraitre déconcertantes et qui posent la question des moyens employés pour en arriver à ce résultat. Les chercheurs rappellent que les essais randomisés contrôlés sont considérés comme le « gold standard » dans le cas des études pharmaceutiques ou d’autres études d’intervention. Selon les critères utilisés à l’époque, il a été considéré qu’un agent était la cause d’une maladie s’il était toujours présent chez les sujets malades, absent chez les sujets sains et si la maladie pouvait être reproduite chez l’animal en lui inoculant cet agent. Ils citent les premières études de ce type (sur les antibiotiques). Aujourd’hui on sait que la plupart des cancers ne peuvent pas être attribués à un seul agent causal, mais selon eux, cette notion reste encore dans l’esprit des chercheurs, ce qui pourrait expliquer les incompréhensions concernant la classification récente des charcuteries dans le rapport de CIRC. Les auteurs prennent l’exemple de la recherche sur la cancérogénicité du tabac, qui n’a pas pu se fonder sur des études d’intervention pour des raisons éthiques, mais a dû se baser sur des études d’observation de populations exposées pour quantifier le risque. Ils indiquent que le groupe de travail du CIRC a employé les mêmes méthodes pour l’évaluation des risques chimiques ou autres. Ils rappellent que le cancer est multifactoriel et qu’être obèse ou manger de la viande ne conduit pas forcément au cancer. L’association est faible mais bien établie. Tout le monde peut être « à risque de cancer ». Le non-fumeur présente un risque de cancer du poumon de 1 % contre 25 % pour le fumeur régulier. Le risque de cancer colorectal est de 6% chez le consommateur régulier de viandes rouges contre 5 % chez celui qui en consomme modérément. Le public doit être informé de la différence entre le degré de preuve (fort pour les charcuteries) et l’importance du risque (modeste pour 50 g de charcuteries par jour). Une notion que l’on connait bien en clinique et lors de traitements médicamenteux (réponse au traitement variable selon les sujets).Le complexe causal (conditions, environnement, âge, sexe, etc.) doit être étudié en plus des causes multiples. Dire à la population ce qui peut causer le cancer et comment l’éviter est un impératif de santé publique et répond au droit de savoir. Mais il y a dans les médias confusion sur le degré de preuves disponibles, la force d’une association avec un risque et entre les agents cancérogène individuels, des expositions complexes et des comportements. Dans le cas d’expositions et de comportements complexes comme l’obésité et la consommation de viande, le degré de preuve est fort mais ces facteurs ne peuvent pas être considérés seuls. Le concept de « pas de dose sûre » ne peut pas leur être appliqué. Bien que la prévention soit nécessaire, une traduction de la science en une recommandation est plus complexe. Selon les auteurs, les procédures actuellement utilisées par le CIRC sont scientifiquement valables. Cependant, une distinction claire doit être réalisée entre un éléments considéré comme «cancérogènes», ce qui signifie « pas de dose sûre » et des agents ou des comportements qui sont considérés comme « possible cause de cancer « , comme l’obésité ou la viande rouge, pour lesquelles le concept de « pas de dose sûre » est dénué de sens et ou les évaluations de cancérogénicité doivent être mises dans leur contexte global. Ces questions complexes pourront être abordées lorsque les procédures et terminologies de ces monographies (Préambule des monographies) seront révisées. Source : How do we judge what causes cancer? The meat controversy. Paolo Vineis and Bernard W. Stewart. Int J Cancer. 2016 Feb 25 

Article 7/59 du dossier "Viande, alimentation et cancer"

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